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Le niveau de vie des personnes âgées | 20/11/2013

«Il faut s’attendre à un accroissement des inégalités à l’image de ce qu’ont connu les autres générations» – Hervé Guery

par Guillaume Garvanèse

A l'occasion de la publication du comparateur des revenus des personnes âgées, Hervé Guery, directeur du Compas (Centre d'observation et de mesure des politiques d'action sociale) livre son analyse sur la situation et les perspectives d'évolution des 60 ans et plus.

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Le niveau de vie des personnes âgées

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Quelle est votre analyse sur le niveau de vie des personnes âgées au regard du reste de la population ?

Le niveau de revenus des 60-74 ans est supérieur aux revenus médians dans la quasi-totalité des territoires. Mais le niveau de revenus le plus important se trouve dans la tranche des 50-60 ans, essentiellement lié à une période de plein emploi et à une offre en matière de retraite qui s’est considérablement améliorée au cours des dernières décennies. Ce bénéfice se traduit aujourd’hui par un niveau de vie plutôt correct pour les sexagénaires, d’autant que cette population est la plus fréquemment propriétaire de son logement.

Cependant, le revenu médian ne permet pas de comprendre les phénomènes de pauvreté. Or, si la population touchant des revenus médians dispose d’un niveau de vie correct au regard de l’ensemble de la population, les revenus du premier décille (la tranche des 10 % les plus pauvres du comparateur, ndlr) sont bien plus faibles. Cette tranche de revenus met en exergue les profils de retraités qui ont eu de petits salaires ou qui n’ont pas suffisamment travaillé.

Comment expliquer la progression des revenus pour les personnes âgées de 75 ans et plus ?

Cette tranche d’âge est en train d’évoluer assez significativement par l’entrée de personnes qui appartenaient aux 60-74 ans dotés d’un très bon niveau de vie. Il y a 10 ans, cette tranche d’âge était en grande majorité composée de femmes qui bénéficiaient de pensions de réversion et des personnes qui n’avaient pas connu un niveau de salaire élevé. L’impact des périodes de cotisations complètes et des couples qui perdurent au-delà de 75 ans grâce à l’augmentation de l’espérance de vie commence à se faire sentir.

Le baromètre Gazette Santé-Social-Unccas a montré en septembre 2013 une dégradation de la situation des personnes âgées. Quels facteurs permettent d’analyser ce phénomène ?

En premier lieu, l’allongement des durées de cotisations a eu pour conséquence de retarder l’âge d’attribution de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). Beaucoup de personnes touchent ainsi le RSA jusqu’à 65 ans. Ce décalage dans l’accession à l’Aspa pour les publics les plus défavorisés entraîne une paupérisation de cette tranche d’âge.

Ensuite, le niveau de revenus médians des quinquagénaires est supérieur à celui des sexagénaires aujourd’hui. Mais dans la quasi-totalité des villes françaises, les 50-60 ans les plus pauvres disposent de revenus plus faibles que les sexagénaires les plus pauvres. Lorsque les quinquagénaires intégreront la tranche d’âge supérieure, cela entraînera une baisse mécanique du niveau de revenu des 60-74 ans.

A quoi cette baisse du niveau de revenus des quinquagénaires est-elle due ?

Cette baisse s’explique par l’explosion du chômage des plus de 50 ans, par le temps partiel et par la séparation des ménages qui a pour conséquence une paupérisation des femmes. Les effets de cette situation se traduisent par une forte progression de la paupérisation des sexagénaires.

Il faut cependant garder à l’esprit que les tranches d’âges les plus pauvres de la population sont les jeunes. Les sexagénaires, s’ils s’appauvrissent, bénéficient au minimum du RSA jusqu’à 65 ans, et de l’Aspa au-delà. En ce qui concerne les jeunes de moins de 25 ans, il n’y a aucune source de revenus sans solidarité familiale.

Y-a-t-il des différences notables entre grandes villes ?

Il y a dans les pôles urbains un effet précarisation des personnes âgées lié à l’importance du logement social sur le territoire. De plus, la progression du chômage des plus de 50 ans se par une paupérisation au moment du passage à le retraite ou juste avant. C’est un phénomène plutôt urbain.

Les personnes âgées ressentent-elles les effets de la crise économique ?

Les personnes âgées ne sont pas les plus touchées grâce à l’effet d’amortissement des retraites. Épisodiquement, l’évolution du niveau de vie des plus riches a pu progresser plus lentement ou légèrement régresser, mais la crise a principalement touché les moins aisés.

La crise a certes été financière, mais il s’agit d’abord d’une crise de l’emploi qui a touché en premier lieu les CDD et les intérimaires. Entre 2008 et 2009, l’emploi intérimaire a très fortement chuté. Or l’intérim permettait à des gens situés dans le premier ou deuxième décille d’avoir un revenu qui leur permettait d’aller au-delà du RSA. L’intérim disparaissant, les personnes se retrouvent au RSA.

Ce qu’on observe pour les 60-74 ans entre 2008 et 2011 est-il le reflet du niveau de vie des nouveaux retraités ?

Une légère progression est en effet observable pour les personnes qui touchaient le RSA et passent à l’Aspa. Mais ceux qui touchaient le Smic ont connu une baisse significative de revenus et du niveau de vie. Il y a une quinzaine d’années, la génération des plus âgés se caractérisait par des écarts plus réduits entre les plus riches et les plus pauvres. Aujourd’hui, cet écart tend à se creuser pour rattraper celui des autres tranches d’âge. Les inégalités s’accroissent pour les personnes âgées comme elles se sont accrues avant pour les autres générations.

Quelles sont les perspectives ?

Il faut s’attendre à un accroissement des inégalités à l’image de ce qu’ont connu les autres générations. Un lissage vers le bas va s’opérer pour les plus pauvres, mais pas autant pour les revenus médians et pas du tout pour les plus riches dont les revenus vont poursuivre leur croissance.

L’allongement de la durée de vie et le manque d’aidants naturels va entraîner une augmentation de la demande de besoins sociaux. Or, les collectivités locales n’auront pas les ressources nécessaires compte tenu de la baisse des dotations et des aides dont elles bénéficient. Les années à venir vont voir se poser la question de la solidarité envers les personnes âgées.

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